Carnet de notes
Art ou oeuvre ?
Slow art
Céateur et spectateur, processus d'une époque : vue, écoute ou lecture.
Le point de vue adopté dans ce carnet, ne fait pas du slow art le mouvement artistique d'une période définie ou d'une école précise, mais une attitude qui se focalise sur la composition et la lecture des oeuvres d'art. Il en découle une modération opposée à une surproduction standardisée peu respectueuse des créativités individuelles, de la diversité des connaissances et enfin l'observation personnelle et la joie d'aimer l'art.
Ce carnet débute par une approche de la création artistique. Puis il aborde les mouvements artistiques, du Moyen Âge carolingien aux mouvements postmodernes, suivant cette approche "slow" où le déchiffrement de l'intention créative en recherche du beau prime sur le classement des oeuvres produites.
L'expressionisme abstrait a été choisi comme point charnière entre
une première partie "du carolingien à l'expressionnisme abstrait"
une deuxième partie "de l'art nouveau au minimalisme et au post-moderne".
Ce qui place l'expressionisme abstrait - et les différents domaines artisitiques qui s'y rattachent - comme une sorte d'aboutissement depuis lequel l'art connaît un nouveau cycle, avec l'art moderne, puis l'art contemporain. Les mouvements artistiques sont une combinaison des divers arts, visuels, architecturaux, musicaux, littéraires, chorégraphiques, etc. Cette approche ne donne la priorité à aucune forme artistique, l'art pictural étant cependant souvent le plus facile à représenter et le plus révélateur de son époque.
Chapelle Brancacci, Florence, où Masaccio et Masolino, les peintres de la lumière, exploitent les ombres et les éclairages pour façonner le relief et le modelé des personnages, quittant les représentations planes du gothique. Intérieurs emboîtés grâce à la perspective artificielle. Ce sont les nuances de la couleur plus que le trait qui font la forme. Scènes organisées en une série d'épisodes détachés, points de vue dans le point de vue. Par exemple la représentation des deux élégants personnages qui se promènent dans la rue, sans aucun rapport avec saint Pierre rescucitant Tabithe, accentue l'effet d'une juxtaposition des vues et d'un recadrage vu d'un point dissocié de celui des yeux du spectateur du miracle de saint Pierre.
L’histoire de l’art, plus que l’histoire du beau, est l’histoire du nouveau. Pour chaque époque, il s’agit de voir la réalité « à nouveau ». En perpétuel recadrage, la beauté est dans l’œil de son admirateur, auteur ou spectateur, qui change de point de vue, selon les époques ou leur anticipation, ou tout simplement selon les personnes.
La création artistique - écriture comme lecture – est un recadrage par dissociation hypnotique, qui suscite une émotion. La vie, le spectacle de la vie, sa connaissance, est une œuvre d'art par le point de vue dissocié de son spectateur, qu’il agisse en qualité de créateur ou comme récepteur d’une œuvre d’art et qu’il soit poète, peintre, sculpteur, artisan, musicien, architecte ou voyageur.
David Hockney, PORTRAIT 0F AN ARTIST (POOL WITH TWO FIGURES) 1972 - Acrylique sur toile - 214 x 305cm. Oeuvre née de la juxtaposition de deux figures on ne peut plus dissemblables. La piscine est un tableau, allégorie de la figure peinte, symbole de l'art. La fusion de l'art et la vie est le rêve d'un esthète, pas celui d'un artiste. On vit pour l'art ou on jouit de la vie, on est dans le tableau, ou spectateur du tableau. Actuellement l'oeuvre d'art la plus chère du monde d'un artiste vivant, acquise pour 90,3 millions de dollars en 2018.
La dissociation : un point de vue autre que celui de ses yeux
La dissociation est la principale caractéristique de l’état d’hypnose. Une activité mentale consciente est simultanée à une activité mentale inconsciente. Dissocié signifie regarder d’un point de vue autre que celui de ses propres yeux, comme si l’on était quelqu’un d’autre regardant soi-même dans cette situation.
Une partie du moi, lucide, observe l’autre partie. Essayer d’expérimenter l’autre manière pour savoir de quelle façon cela change l’expérience. Si l’on est associé dans une vision de la réalité, sortir de son corps et regarder l’image en étant dissocié. Cela sert à être plus réceptif. La conscience de cette simultanéité change sa perception de la réalité.
Recadrage du contenu, du sens, du contexte ou des parties
Le recadrage déplace un contenu dans un autre cadre. La "vue", la représentation d'une situation, placé dans un autre cadre, est vécue différemment, d'une autre de point de vue. Ce n'est pas la représentation qui change, mais notre façon de la percevoir, de la comprendre. Le recadrage est le procédé essentiel de l'art. Inviter le spectateur à voir une situation ou une chose sous un autre angle permet de considérer le même objet selon d'autres critères, donc à recadrer les siuations les comprendre différemment et y répondre autrement. Par exemple, les images "joiners" de David Hockney et le cubisme de Pablo Picasso reprennent cette idée de base de l'art.
Changer le point de vue d'un événement lui donne une signification très différente. La communication étant un signal dont le sens est fonction d'un contexte, le recadrage est le fondement de l'activité artistique et l'artiste celui qui est capable de saisir la description d'un élément, et de la replacer dans un autre contexte, lui donnant un autre sens.
L’art : idée ou œuvre, faut-il comprendre l’art ?
L'idée est œuvre d'art et non pas l'œuvre d'art elle-même, même si l'habileté du procédé artistique suscite l'admiration. L’oeuvre d’art est différente du naturel. Le chant d'un oiseau n'est pas une œuvre d'art, celui du musicien est le résultat du travail d’un créateur selon des intentions et des attentes qui sont le sens de l’œuvre, ce qu’elle signifie, car elle renvoie à autre chose qu’elle-même – une émotion, une idée, un souvenir, un idéal. L’artiste ne crée pas par hasard : Il poursuit un but. Mais d’autre part, l’œuvre d’art n’est pas un message comme le langage. Il n’y a pas besoin de comprendre une musique pour l’apprécier.
L'art c'est voir autrement et la dissociation un moyen pour l'artiste de recadrer la perception d’un contenu : dans ce cas, c’est l’effet de nouveauté qui suscite une perception dissociée chez le spectateur. Une fois créée, l’œuvre appartient ensuite à l’histoire et dans ce cas, elle devient du passé dans le présent, et c’est l’ancienneté du cadre et la démarche de l’artiste ou du mouvement artistique considéré qui suscite l’effet de dissociation.
Cette approche permet une intéressante relecture de l’art dans l’histoire, sous l'angle des recadrages nécessaires à la perception du beau. La brève présentation qui suit des différentes époques artistiques n'a pas d'autre but que de situer le besoin constant de nouveautés successives et de contrastes dans la recherche de dissociations qui éveillent l'intérêt et suscitent l'émotion.
L'Art nouveau, l'industrialisation recadrée dans les courbes de la nature
Cette esthétique des lignes courbes est née en réaction à l’industrialisation et à l'utilisation sclérosée des styles "neo" en manque d'imagination et des arts historicistes en général, dont le heimatstil . Mouvement soudain, rapide, très bref et puissant il connaît un développement international sous difféents noms : Tiffany aux USA, Jugendstil en Allemagne, Stile Liberty en Italie, Modernismo en Espagne, Style sapin en Suisse, et Art nouveau en France.
Arnold Lyongrn, fenêtre Jugendstil, Berlin et New-York 1900.
La nature inspire cet art : arbres, fleurs, insectes, animaux introduisent du sensible dans l'espace de tous les jours, pour disposer un univers favorable à l’épanouissement de l'humain, en réaction à l'industrialisation croissante. En métropole française, l'Art nouveau laissa ses formes arabesques aux bouches de métro parisiennes
A l'art nouveau des années 1890 succède la géométrie de l'art déco de l'entre-deux-guerres.
L’art déco, art nouveau de formes épurées qui annonce la production en série
Ce mouvement tient son nom de l'Exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes de Paris en 1925. L'Art nouveau d'avant-guerre passe à l'Art déco d'après-guerre et tous les arts plastiques s'en trouvent influencés.
Les formes ondulantes et détaillées de l'Art nouveau inspirées de la nature, deviennent épurées et géométriques avec l'art déco. La courbe des disparaît progressivement au profit de l'angle droit.
Chrysler building au coucher de soleil, New-York
Une des idées était de symboliser dans l'architecture d'un bâtiment les objets significatifs du maître d'oeuvre, non seulement pour expliquer la fonction du bâtiment mais l'identité-corporate, par exemple les pare-chocs des voitures sur le toit du Chrysler Building. Le courant s'essouffle peu à peu, remplacé dès 1930 par l'influence Bauhaus, puis du Style international qui mêneront à l'accomplissement du rêve de l’Art déco : la production en série, préfigurant la société de consommation et le beau à moindre prix.
L’art moderne, recadrage de l’objet représenté par ses codes, eux-mêmes sujet d’écriture
On considère que Pablo Picasso débute l'art moderne avec les Demoiselles d'Avignon en 1907 et qu'Andy Wharhol le termine avec le pop art des années 1960. L'art moderne se caractérise par son pendant indispensable que devient la critique d'art. L'art devient sujet d'écriture, textes ou manifestes : surréalisme, dadaïsme, futurisme, etc.
Pablo Picasso, les Demoiselles d'Avignon
La découverte de la photographie influence de nombreux artistes de Degas jusqu'à Picasso. Depuis lors, privés de l'exclusivité de la représentation du réel, les artistes de l'art moderne s'exprimeront à travers plusieurs média: la peinture et la sculpture cèdent en partie le pas à la photographie, le cinéma, l' architecture.
La « modernité » est un mode de création basé sur le changement et le rejet du passé. La beauté ne tient plus à des critères de l'Antiquité. La culture de masse et le divertissement populaire remplacent la célébration de la morale officielle.
Comment l'art moderne peut-il débuter avant l'aboutissement de l'ancien cycle que terminerait l'expressionnisme abstrait ? Parce que les deux mots expressionisme et abstrait lient la force émotionnelle des expressionnistes allemands avec les écoles non-figuratives européennes, apportées aux Etat-Unis à partir de 1930 par des artistes qui fuient le nazisme. Ces artistes, immigrés et américains, eurent peu de contacts avec leurs homologues européens. et, dès la fin de la seconde guerre mondiale créent un courant aux États-Unis.
De ce point de vue on peut considérer que l'art moderne, même s'il est chronologiquement antérieur, initie un nouveau cycle, alors que l'expressionnisme abstrait, né vingt ans plus tard, est l'aboutissement du précédent.
Bauhaus, le beau produit en série : lumière, air et ouverture
Institut des arts et des métiers fondé en 1919 à Weimar (Allemagne), le Staatliches Bauhaus, donne son nom à un mouvement artistique notamment dans le design d'objets industriels, l'architecture, la photographie, la couture et la chorégraphie. Ce mouvement sera l'un des fondements de l'architecture moderne et du style international. En 1933, les nazis ferment le Bauhaus installé à Berlin et de nombreux artistes et enseignants prennent l'exil vers les États-Unis.
Chaise Wassily, Marcel Breuer, directeur de l'atelier d'ébénisterie du Bauhaus à Dessau, 1925. Chaise admirée par le peintre Wassily Kandisky qui en reçut une copie de Marcel Breuer.
Le Bauhaus convient à l'industrie et à la production en série, et s'oriente vers la vie moderne de toutes les conditions sociales, avec un style fait pour les masses aussi bien dans la conception du mobilier que dans la construction des logements. Le national-socialisme prônait les mêmes idées mais se distinguait de l'idéal de gauche de l'idéal du Bauhaus, qualifié de bolchevisme culturel. Au lieu de l'ouverture vers la lumière, l'air et l'espace, les hitlériens en appelaient à la foi, la volonté, la force, pour de simples objets comme pour le style monumental.
KdF Wagen, « Kraft durch Freude » , 1938, Ferdinand Porsche, produite par Wokswagen, la voiture du peuble
Le Style international, un dépouillement rationnel et sans ornementation
Cité radieuse, Le Corbusier, Marseille 1933
Le postmodernisme résulte de la critique du style international principalement développé dans l'architecture des années 1930 à 1990, dans le monde entier. Ce style croise le Bauhaus avec les méthodes de construction d'acier et de verre aux États-Unis. C'est l'architecture des Trente Glorieuses. Ses principaux traits sont la rupture d'avec le passé, la valorisation surfaces extérieures par des revêments lisses ainsi que par l'absence de référence géographique ou d'ornementation. Le principe de régularité utilise les possibilités du béton, de l'acier et du verre. Le Style international seveut moderniste et se caractérise par le dépouillement de la décoration.
Bâtiment de l'ONU, New-York, 1954
Le pop art, référence à la publicité et la consommation de masse
Né en Grande-Bretagne le pop art émerge aux Etats-Unis. Le mouvement américain popularise ce questionnement artistique de la société de consommation qui présenter l'art comme les magnifiques images publicitaires de produits jetables et bon marché.
La caractéristique principale de cet art est la référence à société de consommation qui prend la place de la religion, auparavant source privilégiée des représentations artistiques. La publicité, affiches et images omniprésentes, la bande dessinée, la télévision sont devenues un art et l'art s'en inspire. Immédiatemement populaire, le pop art est simple à comprendre et facilement accessible. Les outils utilisés sont issus des produits de consommation ordinaire : acrylique, sérigraphie, etc. Comme pour la publicité, les couleurs sont lumineuses et décalées de la réalité. Roy Lichtenstein innove en s'inspirant de la publicité et de la BD,
Roy Lichtenstein, Barcelona Head (1992), Barcelone.
Andy Warhol reprend en série "industrielle" les images d'objets de consommation de masse, par exemple une boîte de conserve de soupe ou reproduit en suites aux couleurs vives les portraits de Marlyne Monroe, en référence à la publicité qui se subsitue aux icônes religieuses de ses origines Ruthènes, et au monde industriel qui propose ou impose au public une nouvelle foi et un nouveau point de vue de la beauté.
Andy Warhol, (F&S II. 22-31) (1967)
L'Arte povera
«Art pauvre», parti de Gênes, Turin et de Rome dans les années 1970, il s’oppose à la froide sophistication du minimalisme qui ne repose que sur son « idée ». Guerre ou plutôt une guérilla contre la culture de masse issu de la société de consommation, contre les courants dominants de l’expressionnisme abstrait et le pop art, l'arte povera se plaît à rendre signifiants des objets insignifiants.
Penone, Giuseppe - Ombra di Terra
C’est un art nomade, pauvre, insaisissable, né en 1967 lors d'une exposition à Gênes puis à Turin à l'occasion d'une exposition collective « Arte povera ». Le nom de cette exposition deviendra celui d'un mouvement qui recherche cette pauvreté comme le détachement des biens de monde, imprégné dans la dévotion italienne au "Poverello", Saint François d’Assise.
L'arte povera se sert de matériaux pauvres : pierres, chiffons, terre, bois, tissus, habits usés, objets cassés, etc. et en fait des instruments de création artitistique. La « pauvreté » est aussi celle de l'artiste, guérillero aux moyens légers, indépendant de l’économie et de l'establishment culturel.
Tony Cragg, 1970, Frühwerke, Villa Waldfrieden, Wuppertal
Le marché de l'art a longtemps ignoré l'arte povera et ses œuvres éphémère de terre, tissu, végétaux. Puis des démarches individuelles de certains artistes lui ont fait prendre une autre direction.
Certes, l'arte povera se repproche sans les imiter de l'art conceptuel américain, du pop part, du minimalisme, des happening et autres "performances" underground. Mais la forte individualité de ses œuvres en font un courant à part entière.
Le minimalisme, une sobriété sans ressenti, réaction à l'expressionisme
L’art minimal apparaît aux USA dans les années 1960. Il recherche une économie des moyens. Il se développe dans la peinture, sculpture, musique, danse, et surtout le design, domaine précurseur dans ce mouvement avec le Bahaus d'avant-guerre dont certaines créations peuvent être qualifiées de minimales.
Comme l'Arte povera, le minimalisme répond au subjectivisme excessif de l'expressionnisme abstrait ainsi qu'à la profusion représentative du pop art.Les minimalistes ne veulent voir que ce que l’on voit. Le sentiment est à éviter. Mais le minimum n’est pas un but et il ne s'agit pas d'un art minimal. Seule la représentation est minimale. Ce n'est pas un art du minimum mais un art libéré de tout effet d’illusion. L'idée seule compte et fait la valeur de l'oeuvre, dont la représentation est sans grande importance. Comme pour l'art conceptuel, l'idée est œuvre d'art et non pas l'œuvre d'art elle-même. Le figuré prime sur ce qui figure dans l’œuvre ce qui en fait un art qui recherche le beau hors des sentiments.
La musique minimaliste est apparue vers 1960 aux États-Unis. L'appelation de minimaliste est peu adaptée à cette musique, généralement « répétitive» basée en partie sur la répétition.
Donald Judd, Stack, 1972
Le postmodernisme, recadrage du beau, réaction au minimalisme et au style international
Le postmodernisme est un exemple de recadrage. Voir la réalité « à nouveau » en plaçant les formes anciennes dans un cadre actuel, change le point de vue, stimule la perception du beau, la curiosité, l'émotion, et amorce une renaissance dans le contexte de finitude du minimalisme et la prétention du style international à conclure l'histoire et à uniformiser la planète entière.
La création artistique - écriture comme lecture – est un recadrage par dissociation hypnotique. Le recyclage de formes antérieures présentées dans le cadre actuel, et observées de ce point de vue, sont un bel exemple d'un renouvellement du beau par dissociation et juxtaposition.
Les formes préexistantes au modernisme sont utilisées, de façon électique, même sous forme de rappel, de citation, de parodie. Le postmodernisme romp avec le modernisme et s'oppose, principalement en architecture et en urbanisme à la prétention de conclure l'histoire et à dépasser les différences géographiques. Les postmodernistes puisent dans les formes et les styles du passé, classique et le baroque, pour les appliquer à des formes actuelles parfois avec une intention décalée et ironique. La pureté des formes n'est plus la référence dans les arts et l'architecture.
1000 De La Gauchetière, Montreal, Lemay & Associés et Dimakopoulos Architectes, 1992. toit triangulaire en cuivre en plus de quatre entrées en cuivre à sa base, inspirées de la Cathédrale Marie-Reine-du-Monde, située du côté nord de l'édifice - Wikipedia
De son côté, la critique littéraire et la théorie critique, fait du postmodernisme une nouvelle lecture originale sans pour autant rejetter entièrement le radicalisme moderniste.
En 1977, « Le Langage de l'architecture postmoderne », paraît à Londres, manifeste de Charles Jencks, qui replace l'architecture dans la continuité de l'histoire de l'art et invite à reprendre les motifs du passé, avec un regard nouveau, autant pour les productions populaires du « vernaculaire commercial » que pour les oeuvres académiques et savantes.
Le postmodernisme s'oppose à la vision hégémonique du modernisme. L'éclectisme de l'architecture englobe différents styles du passé, considérés comme de simples moments de l'histoire avec lesquels on a pris du recul. Le modernisme était obsédé par la recherche de l'inédit et de l'insolite, le postmodernisme ose revenir à des idées préexistantes, même les plus banales. Le Corbusier cherche à quitter le style des bâtiments, et aussi la conception de l'habitation, alors que le postmodernisme reprend des éléments classiques ou même antiques tels que des frontons et des colonnes et des frontons. Le modernisme se doit d'innover, s'appuyant sur le rejet, quand ce n'est pas sur l'ignorance de l'histoire de l'art et des traditions de chaque art, rejetées comme un obstacle à l'innovation créatrice.
Jeff Koons. Bouquet de tulipes, bronze polychrome, acier inoxydable et aluminium, offert à la Ville de Paris, octobre 2019
Certains considèrent le postmodernisme comme un retour aux valeurs du capitalisme, une esthétique du «mauvais goût», un retour à un passé démodé.
En réalité l'art postmoderne veut rompre la distinction entre les beaux-arts et la culture populaire et inclut l'art conceptuel, le multimédia, la vidéo, le numérique, le télématique, le néo-expressionisme, le bricolage, l'utilisation de textes dans l’œuvre d’art, la performance-happening qui change la relation entre l’interprète et le public, etc.
En peinture David Hockney est connu pour explorer les questions complexes du postmodernisme à travers des juxtapositions de photos et des peintures aux couleurs brillantes et d'imagerie d'évasion. Artiste interdisciplinaire Hockney utilise chaque médium pour ses recherches artistiques, par exemple les fameux « joiners », images jointes qui explorent les conditions de notre regard sur la nature et les choses, ainsi que ses œuvres picturales qui naviguent dans le récit visuel avec une finesse stylisée.
David Hockney, joiners, Expo Fondation Guggenheim Bilbao 2012
La musique, le nouvel opéra, est un cas révélateur de l'oppostion postmoderne à la modernité de la "musique contemporaine" car une pièce musicale peut être soit moderne ou postmoderne, mais pas les deux à la fois.
La composition postmoderne retourne à la mélodie qui redevient constitutive d'un écoute musicale. Ainsi, après l'atonalité de Karlheinz Stockhausen, Arvo Pärt revient à la mélodie de la composition modale des monodies médiévales, grégoriennes et polyphoniques. Pärt revient également à la musique religieuse et à l'expérience mystique.
Le post modernisme musical fait grande utilisation de la répétitivité car ce moyen est celui qui sollicite le plus la perception auditive. Le plus petit changement ou variation devient audible et l'acoustique du son met l'auditeur dans un état de fascination ou de méditation. La musique répétitive est cosmique et théâtrale, alors que les compositeurs européens pratiquent une musique répétitive et minimaliste, mais basée sur des références à l'histoire de la musique occidentale.
L’expansion du christianisme, une nouvelle vision du monde
Dès son origine, le christianisme représente une formidable nouveauté, en décalage - pour ne pas dire en opposition - des mondes juif, grec, romain, barbares ou orientaux. Nouveauté par son ouverture aux païens, son universalité, son détachement des biens de ce monde, ainsi que l’amour et le respect vécus dans les communautés. Les chrétiens impressionnaient car ils ne craignaient pas la mort, estimaient tous les hommes comme frères et dignes d’être appelés enfants de Dieu. Cette conception de la vie était appréciée des esclaves et des affranchis par la perspective de l’espérance et de l’élévation sociale. L’indissolubilité du mariage, le respect de la gent féminine et l’amour prôné par la nouvelle foi auront une grande influence auprès des femmes qui seront un facteur important de la propagation du christianisme.
Le christianisme se développe d’abord au Moyen-Orient, Judée, Samarie et Palestine, puis à l'orient de Jérusalem, actuels Irak, Syrie, Asie centrale et Inde.
Un deuxième mode de diffusion s'exerce au Moyen-Orient, Afrique du Nord et Europe selon les infrastructures de l'empire, ses villes, ses voies romaines, sa hiérarchie séculière. Vers l'an 400, devant la multiplication des conversions dans tous les milieux sociaux et par leur volonté de cimenter un Empire qui menace d'imploser depuis longtemps, l'empereur Théodose et ses successeurs en font la religion de l'Empire,
Un troisième mode d’expansion apparaît en Europe du Nord selon les enjeux de souverains « barbares » qui cherchent à accroître leur influence.
Un quatrième mode d’expansion est réalisé par les moines, leurs abbayes et monastères, selon le modèle du christianisme gaëlique décentralisé, dont la pratique se rapprocherait de celle des premiers chrétiens, fortement développé par des moines tels que Patrick-d’Irlande, Colomba d’Iona, Colomban-de-Luxeuil, Martin-de-Tours, Gall-de-Suisse, Sigisbert-de-Disentis, etc.
Infographie - A. Houot
C’est dans la continuité de cette expansion du christianisme que naît la « Renaissance carolingienne » au VIII-IXème siècle. L'instauration de l'empire carolingien a eu une importance considérable en sa qualité de pendant de l'empire d'Orient de Byzance. Charlemagne, quoique probablement illettré, est sensible à la culture. Les institutions scolaires permettent de former les clercs et les enfants des nobles à l'héritage culturel de l'Antiquité, dont les œuvres, copiées et recopiées, sont transmises à la postérité.
Le Moyen Age
L'Europe connaît trois principales périodes historiques : l'Antiquité, le Moyen Age et l'Epoque moderne. Le Moyen Age débute en 476 lorsque Romulus Auguste, empereur romain d'Occident est déposé et se clôt en 1453 avec la prise de Constantinople par les ottomans, en 1492 avec Christophe Colomb aux Amériques et en 1517 avec la Réforme protestante.
Loin d’être une période obscure et de régression, le Moyen Age vit le rayonnement des territoires du nord, la création des universités, et de nombreuses découvertes et inventions : papier, huiles et couleurs de peinture, textiles, forges et moulins organisés en division du travail, horloge, spiritueux, charrue et rotation des cultures, collier pour chevaux de trait. La vie s'améliore d'une condition féminine mieux considérée que pendant l’antiquité et la Renaissance, le servage remplace l'esclavage, et les loisirs sont garantis par les nombreuses fêtes fériées.
Le roman primitif édifie de façon homogène nombreuses églises en pierre dans l'Europe entière déjà avant l'an mille, poursuivi dès le XIIème siècle par le gothique des bâtisseurs français, avec croisées d'ogives, arcs-boutants et larges vitraux . La Révolution commerciale initiée dans le Nord de l'Italie avec l'apparition des premières banques, la création des premières bourses facilite le commerce et d’une certaine façon la naissance du capitalisme.
En musique, l'ars nova polyphonique remplaçe la monodie du plain-chant. A l'époque carolingienne ou de son partage, des improvisations au lutrin ou chantées pendant les offices religieux introduisent une nouvelle partie au plain-chant, généralement une voix en mouvement parallèle à la quarte ou à la quinte. Ce développement est appelé organum et correspond aux débuts de l’harmonie et par la suite du contrepoint.
Fin XVIème siècle, le madrigal italien développe une technique différente de la polyphonie et finira par renouveler l'art musical : la monodie accompagnée.
La polyphonie subsista dans l'œuvre de Heinrich Schütz, presque toute l'œuvre de J.-S. Bach, ou dans le contrepoint du claveciniste Domenico Scarlatti.
Le droit civil redécouvre le droit romain dès 1100 environ à l'université de Bologne, l'une des plus anciennes d'Europe. Le système système décimal de notation positionnelle et l'algèbre des musulmans remplacent le système de calcul romain et ouvrent le champ des possibilités mathématiques. L'astronomie s'appuya sur la traduction du grec vers le latin, tandis que la médecine profita des travaux de l'école de Salerne.
Pour terminer je citerais un personnage qui pourrait symboliser à lui tout seul l’évolution de Moyen Age. C’est Gerbert d'Aurillac, un berger né à Aurillac en 950, devenu Sylvestre II, le « pape de l’an mille », de 999 à 1003. Il cumule les « légendes de Cosette à Einstein, n passant par Talleyrand ». Artisan du rétablissement d'un empire universel, tel l'Empire carolingien, il fut à la foix un scientifique et un politique important pour le renouveau de l'Occident, « introduisit, sans le zéro, la numérotation décimale, et inventa un table de calcul – l’abaque de Gerbert – qui systématise le procédé de calcul matriciel de nos quatre opérations, solution entre abacistes de l’abaque à jeton et algoristes du calcul écrit), par une table à calcul avec jetons marqués d’un chiffre ».
(Perspectives historiques sur les abaques et bouliers, revue MathémaTICE, article 611.)
L'abaque de Gerbert, revue MathémaTICE, article 611
Les jetons n’étant pas identiques, il ne s'agit plus d'une «abaque» proprement dite, mais on l'appelle « abaque de Gerbert » par analogie. Pour additioner, plus besoin de l'ancien abaque, mais d'une table d’addition, semblable à notre numération de position et de l’algorithme de calcul écrit. Au lieu de placer un jeton marqué du chiffre 7 sur l’abaque, on écrit le chiffre 7 sur n'importe quel surface à écrire en y ayant préalablement définit des colonnes, ou même sans colonnes si l’on écrit en respectant l'alignement des chiffres.
Perspectives historiques sur les abaques et bouliers, revue MathémaTICE, article 611
Les nouveautés des musiques ambroisiennes et grégoriennes
Le besoin d'innover se manifeste par rapport à la psalmodie chrétienne issue de la musique juive du chant de psaumes qui a débuté la musique médiévale.
Saint Ambroise de Milan complète la psalmodie par le répond, innovation capitale car les fidèles répondent au soliste en chantant un verset, texte et mélodie mémorisés comme un refrain par les fidèles. En plus des psalmodies, Saint Ambroise innove également en reprenant à Milan l’hymnodie orientale qui s'imposa dès lors dans l'histoire de la liturgie. Les hymnes attribuées à Saint Ambroise lui-même nous sont parvenues : Æterne rerum Conditor (matines), Deus, Creator omnium (vêpres), Jam surgit hora tertia, Splender paternæ gloriaæ (laudes), Veni Redemptor gentium.
Par la suite L'Église uniformise la messe et le chant par le Grégorien qui supplante les autres traditions sauf le chant ambrosien à Milan et le chant mozarabe dans certaines régions d’Espagne.
Manuscrit, Einsiedeln, 964
De l'organum parallèle à l'Ars nova
Une autre nouveauté pointe au Xème siècle : certains monastères, par exemple celui de Saint-Gall en Suisse, ajoutent au plain-chant une voix en dessus ou en dessous, à la quarte ou à la quinte, appelée organum qui débutera l’harmonie et ensuite le contrepoint. Le chant principal en valeurs longues est accompagné par plusieurs notes courtes, véritables vocalises par exemple chez le Codex Calixtinus de St-Jacques-de-Compostelle, Grégoire Ier, Hildegarde de Bingen.
Un manuel carolingien de musique, l'Enchirias musices, avait décrit vers l'an 900 un organum parallèle qui donnera le déchant, ou contrepoint à deux voix de lignes indépendantes, sur la base du «tenor» ou de la «teneure», ou encore « chant donné », généralement grave. Au XIIe siècle, la teneure est composée librement ce qui ouvre à la polyphonie, et libère de l'ajout de contrepoints à des chants donnés. L'école de Notre-Dame de Paris, évolue vers la polyphonie de l'organum à vocalises, notamment au motet. L'ars nova supprime ensuite l'organum et crée de vastes compositions de messes polyphoniques comme la Messe Notre-Dame de Guillaume de Machaut. L’Italie du XVIe siècle crée ensuite la « polyphonie palestrinienne ». Puis la polyphonie cède la place à l’harmonie. On la retrouvera dans la synthèse musicale de Jean-Sébastien Bach, puis au XXème s. chez Debussy ou Ravel et leurs Trois Chansons, Stravinsky avec la double fugue de la Symphonie de psaumes (1930) de Stravinski puis des musiques post-modernes.
Titre d'un document de Philippe de Vitry, l’Ars nova développe depuis Paris , de 1320 à 1380, un système novateur de notation, plus précis, avec de grandes possibilités et offre à tous la possibilité de répéter et transmettre la musique hors du bouche à oreille.
Roman de Fauvel, 1318, à l'origine probable de l'Ars nova
L'Ars Nova fut d'abord refusé par le pape Jean XXII mais ensuite accepté par Clément VI, car le chant monophonique s'était souvent vu recouvert par des paroles de poèmes profanes chantés en parallèle aux textes sacrés.
Guillaume de Machaut, poète et chanoine de la cathédrale de Reims, compose un grand nombre de motets, ballades, et rondeaux. La polyphonie, née à l'église, innove dans tout l'Occident par des genres nouveaux : l'organum, le conduit, les motets et finalement les messes.
Les instruments de musique
Un changement important se dessine progressivement avec les instruments de musique. Instruments à vent, orgue, vielle, instruments à cordes pincées sont nombreux : le psaltérion avec les chants grégoriens, le luth, le dulcimer, semblable au psaltérion et à la cithare, devient à cordes frappées avec les nouvelles fabrications de cordes en métal. La lyre byzantine, premier instrument à archet en Europe.
Enfin une musique exclusivement instrumentale se donnera lors représentations théâtrales ou pour l'agrément de la cour, danses autour de thèmes familiers et populaires qui étaient la musique instrumentale la plus répandue.
Orgue, organum, organa et diaphonie
L'orgue vient du mot grec organon, en latin organum, qui signifie outil. Capable de jouer plusieurs instruments à vent simultanés, il est répandu dans tout l'empire romain, et disparut avec les cérémonies publiques païennes que le christianisme supplanta.
L’organum, au pluriel organa, est une harmonie primitive, suite d'octaves, quintes ou quartes, voix de choeur ou simple voix organale ajoutée au chant liturgique, en renfort mélodique, premiers effets harmoniques non encore définis.
La diaphonie, sorte d'harmonie primitive du IXe s. est parfois confondue avec l'organum et le déchant, mais reste reconnaissable à la dissonance.
La polyphonie, grande invention du Moyen Âge
Que retenir de cette grande évolution musicale du Moyen Age ? L'hymnodie d'Ambroise de Milan, l'unification du chang grégorien, puis l'amplifification de la monodie grégorienne, en lui adjoignant une seconde voix, entendue en même temps qu'elle la « diaphonie », dont le déchant et l'organum.
L'École de Notre-Dame de Paris avec l’Ars nova, né peu avant 1300, se voudra résolument nouveau, Guillaume de Machaut et la première messe polyphonique entière (la Messe Nostre Dame) ainsi que l'art profane d'Adam de la Halle à la limite de la monodie et de la polyphonie.
Alleluia nativitas, Pérotin XIIIe, avec teneur basse
Puis, vers la fin du XVème s., le désir de simplification et d'individualité et du chant soliste passent du contrepoint linéaire à l'enchaînement vertical des accords : le contrepoint se déroule horizontalement, chaque voix ayant sa propre vie, alors que l'harmonie enchaîne verticalement des accords.
L’art carolingien, l’innovation des formes germaniques
De 780 à 900, soit sous le règne de Charlemagne et ses héritiers directs, les rois d’Europe du Nord jouent pour la première fois le rôle de mécène pour un art de l'empire, en ajoutant des formes germaniques au modèles classiques, ce qui préfigurera l’art roman et gothique. Aussi appelée « pré-romane », l'architecture carolingienne contient ce qui fait le renom de l'architecture romane.
La chapelle palatine d'Aix, avec un octogone central et un pourtour hexadécagonal.
Les édifices religieux reprennent les canons de l'Antiquité et la tradition des basiliques et des rotondes, mais avec une composition différente qui évoluera d'une simple juxtaposition à un assemblage, et à une intégration de la rotonde qui devient le clocher d'un seul édifice. L'enluminure et les fresques complètent les innovations architecturales de cette époque par des formules pleines d'avenir et un puissant esprit juvénile.
Le plan idéal de Saint-Gall :
jardins, ateliers, écuries, auberges,
hôpital autour d'une seule grande
église et du cloître
L’art roman, premier « style international »
Avant le XIX ème le terme « gothique » qualifiait tout l'art médiéval. Le terme roman fut donné à l'art, de la même façon que les langues furent dites romanes pour celles descendantes du latin. En réallité, l'art roman combine les formes carolingiennes des rois germaniques avec l'héritage de Rome dans une Europe où la Germanie ressuscite l'idée d'empire par le couronnement d'Othon Ier en 962, comme Imperator Romanorum.
L'Église avait connu des abus, parfois tombée sous la coupe de seigneurs locaux ou de l'empereur germanique. Une réforme naît dans les abbayes, tel Cluny, en Bourgogne, qui reprend la règle du VIe siècle de saint Benoît : prière, travail et pauvreté. Cîteaux renforce encore la pauvreté par la modération de la décoration dans les églises, une vie frugale et disciplinée, et le silence de monastères isolés. L'Eglise se soucie des dévotions nouvelles, principalement l'eucharistie jusque-là essentiellement communautaire qui devient un élément de vie intérieure. Désormais les moines se font ordonner prêtres pour célébrer l'Eucharistie, ce qui multiplie les autels secondaires en plus de l'autel principal. D'autre part, un désir de reliques et de pèlerinages, ainsi que la ferveur pour l'eucharistie, multiplie les chapelles à priximimté de l'abside dans les églises. L'esprit roman veut réunir ces sanctuaires secondaires dans un espace unifié, sous deux formes nouvelles de chevets, en agrandissant le chœur liturgique par des absidioles reliées par des arcades ou en s'ouvrant sur un long transept, déambulatoire à chapelles rayonnantes, ou sur la nef du plan basilical.
Dessin Charles-Albert Lathion, Flanthey -
Eglise romane de Saint-Pierre-de-Clages, Valais (Suisse) édifiée au XIe siècle par bénédictins de Lyon, style clunisien à clocher octogonal, érigée sur le lieu du martyre de saint Florentin, second évêque d'Octodure vers l'an 407. prieuré de l'Abbaye d'Ainay jusqu'en 1580 où le prieuré fut incorporé à celui de Sion. Elle devint rectorat de 1661 à 1945 où fut créée la paroisse de Saint-Pierre-de-Clages. Restaurée en 1967.
L'art roman recouvre une diversité sans être le produit d'une seule nation ou d'une seule région, mais apparaît presque simultanément dans tous les pays d'Europe avec une unité considérée comme le premier style international, essentiellement religieux.
L’art gothique, un optimisme hors de l’esthétique gréco-romaine
Issu de l'art roman dès le XIIe siècle, l'art gothique évolue progressivement vers un gothique international. Le mot gothique a été donné par les Italiens de la Renaissance pour désigner ainsi les arcs en ogive qu'ils disent rappeller les arbres formant les cabanes primitives dans les forêts germaniques - un mythe. Initialement nommé francigenum ou modernum, ce style apparaît en Île-de-France et se répand rapidement. Le romantisme réhabilitera le gothique avec le néogothique et ce mot perdit sa connotation négative des italiens de la renaissance.
Conservant la continuité de la technique romane de l’ogive, le gothique effectue une rupture de style en cherchant à diminuer le rôle porteur du mur, que l’on ouvrira pour une libre meilleure circulation de la lumière et de l'air. Le gothique favorise les vides et diminue les pleins. Alors que le roman juxtapose les volumes, le gothique les rassemble dans un élan vertical, tous unis dans la clé de voûte.
Notre-Dame de Paris
Développé en Ile de France, le gohthique gagne toute l’Europe. Dans l'Italie du XIIIe siècle, en peinture, Giotto rompt avec la tradition byzantine et témoigne d'une culture nordique. Dans la chapelle Scrovegni à Padoue, il réintroduit l’espace dans le monde plan. Ce mouvement lancé par Giotto est interrompu par la Peste noire en 1348. La rupture définitive avec le passé se réalisera au siècle suivant avec Masaccio.
La Renaissance, art, commerce, imprimerie et grandes découvertes
La Renaissance est la seule période de l'histoire qui s'est donnée elle-même son nom. Implicitement italien, le Rinascimento eut un rayonnement universel.
Le besoin d'un nouveau point de vue, l'homme et non plus le Dieu d'une Eglise omnipuissante, se manifeste dans ce qui sera appelé Pré-Renaissance déjà aprés l'an mille en Toscane, et se concluera avec le maniérisme (1520 mort de Raphaël) pour se terminer d'un seul coup en 1600 avec le baroque.
L'Europe se lance dans des expéditions maritimes et prend conscience de son identité. L'imprimerie brise le monopole des universités et écoles dans l'éducation. L'Antiquité, au Moyen Âge réservée à une élite de clercs, dans les monastères et les universités (écoles scolastiques), sort de ce monopole et élargit la gamme des auteurs connus et des genres littéraires. En 1453 fait date puisque durant la même année, les Turcs ottomans brûlent la bibliothèque de Constantinople et l'invention de l'imprimerie donne un puissant moyen de céation à un réseau d'« humanistes » qui supplantent les anciennes élites.
Le passage de l'optimum climatique au petit âge glaciaire provoque des famines qui avec la Peste noire de 1347 font perdre à l'Italie et à l'Europe les deux tiers de sa population. Paradoxalement, cette diminution de la population amorça la renaissance : les richesses se concentrent dans les mains de moins de monde, le manque de main-d'œuvre fait augmenter les salaires des ouvriers et surtout améliorer la productivité par des innovations telles que l’imprimerie. Le marché du travail se monétise et met fin à la féodalité. Cette période voit les premiers auteurs de la Renaissance, tels Dante, Pétrarque, Machiavel, Rabelais, Montaigne, du Bellay et la recherche de réalisme de Giotto. Les plus riches, sans grandes opportunités financières, investissent dans les arts et les spectacles.
La ligne ou la lumière : Giotto, Masolino, Masaccio, et Fra Angelico
Giotto cherchait à quitter l'espace à deux dimension du gothique international. Son intuition le guidait vers cette représentation du relief, mais ne trouva pas le moyen technique de cette troisième dimension.
Masolino, est le premier peintre moderne à introduire les effets de perpective, de volume et de vérité optique. Peintre d'une Florence courtoise, aux couleurs élégantes de vert, rose et brun, il fut comme Giotto fasciné par la nouveauté du gothique et de la perspective qui troue les parois par des espaces et des colonnades qui plongent dans le décors.
Jusqu'à Masaccio, la ligne primait sur la couleur. Il découvrit la troisième dimension par le rendu du relief. Jeune peintre indépendant, il fut engagé par Masolino plus âgé, non comme l'apprenti d'un maître, mais en raison de ses qualités d’artiste novateur, pour la décoration d'une chapelle à l'église Santa Maria del Carmine à Florence. Brancacci, riche commerçant et ambassadeur au Caire, commanda la réalisation de ces fesques en 1423, à son retour à Florence. Le Péché originel de Masolino et l'Adam et Ève chassés du Paradis terrestre de Masaccio, dans l’arc d’entrée, offrent un contraste intéressant entre les deux peintres. La ligne de Masolino représente Adam et Eve sveltes et élégants avec leurs visages gracieux et leurs corps idéalisés, qui succombent gracieusement au péché originel, tentés par le serpent enroulé autour d'un figuier, ici arbre du bien et du mal. La lumière de Masaccio fait ressortir les corps massifs et réalistes chassés du Paradis et nous entrainent dans le réalisme de la honte d’Adam, visage caché dans ses mains, et du cri de douleur d’Ève. Leurs ombres projetées sur le pavement affirment encore plus la réalité de leurs corps et c'est la lumière qui accentue le relief.
Fra Angelico, dominicain retourné à Florence en qualité de prieur du couvent où il fit son noviciat, est en 1455, à sa mort, le peintre le plus important à Florence. Ses œuvres sont toutes de tendresse, à l'écart des passions profanes et des doutes. Il réussit la synthèse de la Renaissance picturale, perspectives et réalisme des visages, avec la tradition médiévale de la peinture, son rôle didactique et l'effet mystique de la lumière. Il reprend les innovations de Masolino, ses intérieurs emboîtés, la perspective des bâtiments et donne de la profondeur à ses intérieurs et paysages et du relief à ses personnages en jouant habilement sur les ombres et la lumière, la couleur prédominant sur la ligne et sur les aplats de peinture gothique. En 1982, Fra Angelico a été béatifié par Jean-Paul II et proclamé patron des artistes en 1984.
Après Giotto, Masolino, Masaccio et Fra Angelico citons également Léonard de Vinci, symbole de la Renaissance, Michel-Ange, précurseur du baroque avec son David et la Pietà, et les fresques de la sixtine et Raphaël, mythe de l’art pictural, caractérisé par une utilisation égale de la ligne et de la couleur, peintre de la "grazia", entre le "sfumato" de Léonard de Vinci et la "terribilità" de Michel-Ange.
La Transfiguration, résumé de toute l'oeuvre de Raphaël,+1520, avec la grotte de style Renaissance et l'enfant et son père de style baroque.
La renaissance musicale du contrepoint polyphonique à l'harmonie monodique
La Renaissance musicale échappe à l'emprise de l'Église et propose une musique profane inspirée de la culture antique et constitue l’âge d'or de la polyphonie : messes, motets, madrigaux, chansons, choral, la caccia, le canon avec Guillaume Dufay (1397-1474), Josquin des Prés (1450-1521), Clément Janequin (1485-après 1558), Claudin de Sermisy (vers 1490-1562) et Claude Le Jeune (vers 1530-1600), Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525 -1594), Giulio Caccini (1551-1618), Luca Marenzio (1553 ou 1554-1599), Johannes Ockeghem (vers 1410-1497) et Roland de Lassus (1530 ou 1532-1594).
Peu à peu on s'habitue à la prédominance d'une partie dans les oeuvres polyphoniques et le sens harmonique naît de cette pratique, l'accompagnement tendant à se limiter à une série d'accords.
Un genre nouveau, le madrigal italien, entre en réaction contre la chanson française et suggère des athmosphères baignées de lumière, polyphonies plus harmonie que contrepoint, art devenant descriptif et dramatique, traitant de véritables petites intrigues. Peu à peu on remplace quelques voix par des instruments. En même temps apparaissent les premiers "quatuors à cordes", sous forme de "concerts de violes". Des genres nouveaux naissent : le ricercare (orgue et clavecin en formes fuguées), la fantaisie (virtuosité), la variation (sur des airs populaires et de danse), le prélude (morceau de bravoure), la toccata (brillante et pompeuse), et surtout la chanson instrumentale, ancêtre de la symphonie et de la sonate.
La victoire de la monodie sur la polyphonie est progressive. Le Concile de Trente, comme la Réforme cherchent à simplifier la la superposition polyphonique des voix qui rend difficile la compréhension du texte par les fidèles. Le profane revisite le drame de la Grèce antique, et le style monodique s’impose dès les années 1600, avec le genre de l'opéra.
Le premier livre de madrigaux de Monteverdi est à cinq voix et de style polyphonique, mais épouse les moindres intentions du poème. Les quatrième et cinquième livres réalisent la synthèse des âges polyphoniques et monodiques. Son dernier livre, le Combat de Tancrède et Clorinde aura la structure monodique de la cantate.
Le maniérisme pictural et sulptural, en opposition à l’imitation de la nature
Mouvement de la Renaissance qui apparait en 1520, année de la mort du peintre Raphaël, le maniérisme échappe à la recherche d'harmonie humaniste. La "bella maniera" ne vise plus à l'imitation exacte de la réalité, des figures humaines et de l'espace représenté par une perspective exacte.
Il s'agit de rompre avec la représentation exacte des proportions, des teintes ou des volumes, de façon à créer un nouvelle émotion artistique.
David, Michel-Ange, 1504. Le poids du corps sur une seule jambe, la ligne des hanches en opposition à celle des épaules, la jambe droite plus courte et la disproportion des mains accentue la dynamique et le geste.
Le baroque, irrégulier, antithèse de la renaissance et esthétique de la contre-réforme
Le baroque, né en Italie, se répand en quelques années dans tous les arts de l’Europe par l'amplification exagérée des formes, des mouvements, une certaine surcharge, les effets parfois pompeux, et l’exubérance solennelle ou dramatique.
Le terme «baroque» est utilisé en 1855 par un critique d'art suisse Jacob Burckhardt, d'un mot qui désigne la forme irrégulière d'une pierre précieuse ou d'une perle. Les artistes de l'époque ne se sentaient pas baroques, mais classiques.L’ovale remplace le cercle, les couleurs se font primordiales, les contrastes, les mouvements et les courbes surchargent volontiers la décoration.
L'idée de base du Baroque se retrouve chez Michel-Ange, vers 1580. Ses sculptures, le David (1504), à Florence, la Pietà (1499), à Saint-Pierre de Rome, le Moïse (1515) du Tombeau de Jules II à Saint-Pierre-aux-Liens, à la chapelle Sixtine, plafond et Jugement dernier (1536) sur la paroi de l’autel ainsi que l'architecture du dôme de Saint-Pierre. On a attribué à la Papauté le baroque qui devient l'art de la Contre-Réforme, défini comme l'art du catholicisme en 1550 par le concile de Trente. Les pays de la Réforme, l’Angleterre et même la France restent réfractaires à cette esthétique.
En musique, le baroque se caractérise par des longueurs contrastées, par l’harmonie qui supplante la polyphonie, par la richesse de la palette orchestrale et par l'usage immédéré de la virtuosité.
En littérature, le burrin du sculpteur ou le pinceau du peintre deviennent métaphores et allégories pour façonner le merveilleux, l’affliction de l'âme humaine, l'élan des grandes causes, thèmes négligés après les nouveaux points de vue de Luther et Copernic.
Le théatre innove avec la multiplicité des changements d’intrigue, une diversité de situations révélatrice du maniérisme, des tragédies de Shakespeare, Corneille, Molière, dont certaines oeuvres se situent à l'opposé du théâtre classique, privilégiant l’émotion et l'illusion au lieu de la vraisemblance, la complexité à la simplicité.
Velasquez, Adoration des Mages, 1619, puissant clair-obscur
La musique baroque
L'appelation apparaît dans les 1950 avec la création de l'Ensemble Baroque de Paris.
La musique baroque débute en 1600 avec L’Euridice de Peri qui innove avec de nombreux codes de l'opéra : solo lyriques, duo et passages phrasés, du langage parlé et du récitatif à l'aria. Harmonies complexes, instruments avec chacun un rôle dramaturgique significatif. audaces musicales, exclamations, dissonances, ou extravagances burlesques de la basse. Monteverdi en 1607 marque aussi avec son Orfeo la naissance du baroque en musique qui se concluera à l'époque de Jean-Sebastian Bach, Haendel et Vivaldi, Rameau, Telemann. La musique allemande offre un terrain propice à une synthèse dont l’œuvre de Jean-Sébastien Bach en est la référence universelle.
Ensuite une nouvelle génération se tourne vers un nouveau style, considéré comme « classique » et représenté notamment par Haydn et Mozart.
Le rococo, baroque tardif
La désignation des styles porte souvent une connotation péjorative qui leur a été donnée initialement : gothique, maniérisme, baroque. Rococo en fait partie à tel point qu'il confine même au vulgaire ou au kitsch. Or le rococo n'est qu'une forme de baroque. Frivole, mondain, aimable et léger, dans les arts du mobilier ou les arts dits mineurs, ses plus belles manifestations peuvent être trouvées dans les arts religieux d'Europe centrale. En France, le style Régence et Louis XV représente cette période.
L'histoire de l'art s'intéresse peu au rococo, le sujet n'étant pas assez "sérieux" et n'ayant pas de théoriciens attitrés. Il peut par contre compter sur ses adversaires pour une description de ce mouvement caractérisé par les effets d'exubérance des courbes et des couleurs, étrangères au bon goût, à la vérité, aux idées justes, à la sévérité de l'art que le (néo)classicisme incarnera en réaction par un retour à l’austérité aux règles de l'Antiquité.
Le (néo)classicisme, retour de la ligne contre la couleur et de la simplicité de l’antique
Contrairement aux artistes de la renaissance, dès Masaccio, et ensuite aux romantiques, la ligne reprend la primauté sur la couileur. La découverte de Pompéi remet au goût du jour la vertu et la simplicité de l'antique. Le néo-classique est la recherche d'un idéal qui ne se limite pas à reproduire des modèles, mais reprend le travail des anciens pour rechercher l'excellence plutôt que la nouveauté, l'improvisation et l'expression de soi.
Les nouveaux états issues des révolutions françaises et américaines revendiquent ce classicisme symbole de la démocratie de la Grèce antique et de la République de l'Empire romain. Après la Première Guerre mondiale le classicisme réagira à nouveau contre les mouvements contemportains, dada ou expressionnisme. La musique de ces années s'y réfère avec par exemple Stravinski, Prokofiev et Ravel.
Jacques-Louis David, Le Sacre de Napoléon, 1807
Musique classique et musique de la période classique
Le terme de musique classique désigne les œuvres d'un répertoire occidental de musique savante, par oppostion à la musique populaire, sorte du musée musical imaginaire à l'image des musées d'arts ou de sciences naturelles.
La musique de la période classique, entre la mort de Johann Sebastian Bach soit 1750 et le début du romantique vers 1820, est cractérisée par les oeuvres de Haydn, Mozart et Beethoven, dont les premières oeuvres prométhéenes sont purement classiques et qui fut ensuite l’un des premiers romantiques concernant le langage musical et la dimension nouvelle des oeuvres. Durant la période classique la fome sonate devient celle des grandes compositions.
L'idée d'un répertoire classique, inventaire d'oeuvre, distingue mieux entre compositeur et interprète, ce qui n'est pas le cas de la musique populaire. Rameau, Bach, Haydn composaient pour une circonstance particulière sans prétendre à un quelconque postérité. Dès la période romantiques, les compositeurs ajustent leurs créations avec la conscience de les faire figurer dans le catalogue d'un musée musical intemporel.
Le romantisme, réaction du sentiment contre la raison
Les romantiques, surtout en matière de poésie et de romans, veulent exprimer leur vécu personnel, ce qui apparaît à l'époque comme une grande nouveauté et offre un tout nouveau point de vue par rapport aux contenus fictifs des récits littéraires ou poétiques. Le décalage ou le recadrage est celui du sentiment contre la raison, qui exprime les troubles et les enthousiasme du cœur, de l'âme et du rêve.
L'origine du mot romantisme est le substantif "roman", ancien français vulgaire, langue romane non soumise à des règles, par opposition au latin, langue savante.
Dès le XIIe s. des récits d'un genre nouveau, écrits en "roman" sont associés à une origine imaginaire et personnelle, de source chrétienne et européenne plutôt que fidèle à l'idéal classique antique, d'inspiration païenne et d'origine gréco-latine. De cet immaginaire découle une recherche du merveilleux et du mystérieux, par opposition à l'esprit de la raison antique, en quête de clarté et à la mentalité mesurée des moralistes païens. Le libre-arbitre devient le propre de l’homme, avec l'aide de la grâce divine. C'est dans les coeurs que la divinité agit désormais. L'homme devient une âme.
Caspar David Friedrich, l'Abbaye dans la forêt
Le réalisme, réalité sans artifices
Nouveau point de vue du monde artistique de la seconde moitié du XIXe siècle, le réalisme, dont Gustage Courbert a inventé le terme, s'oppose au sentimentalisme romantique. Il cherche à représenter la réalité sans artifice et sans idéalisation, avec les personnages des classes moyennes et laborieuses, traite des sujets du travail salarié, des relations conjugales et des conflits sociaux. Il contraste fortement du romantisme de la première moitié du siècle, et se distingue nettement du classicisme. Le réalisme s'étend ensuite au Nouveau Monde jusque aux années 1950. Pour supplanter le réalisme, il faudra le naturalisme, le symbolisme et le surréalisme.
Les Galneuses, Millet
Le naturalisme, recadrage expérimental des sciences sociales
Essentiellement littéraire, le naturalisme à la fin du XIXe siècle, veut construire des récits et des descriptions selon les méthodes des sciences humaines et sociales. Principal initiateur de cette théorie Zola explique que «le romancier est fait cadre et recadre ces récits par le doublement des points de vue. Le point de vue d'un observateur, d'une part et d'autre part celui d'un expérimentateur. L'observateur choisit un thème, celui de l'avare par exemple, puis formule une hypothèse, l'avarice est causée par l'environnement. Le romancier expérimentateur place ensuite l'avare dans un nouveau cadre qui mettra en évidence le mécanisme de sa siatuation pour valider l'hypothèse initiale. La recherche étant celle de la connaissance de l'homme, la connaissance scientifique, à la recherche d'une efficacité et d'un progrès individuel et social.
Le symbolisme, le monde comme mystère à déchiffrer
Réaction au naturalisme, le symbolisme apparaît dans le monde francophone vers 1880. Le symbole, étymologiquement un objet reconstitué d'éléments coupés en deux, est la poésie qui unit l'idée abstraite et l'image qui l'exprime. Emile Zola accusa Gustave Moreau de symbolisme, utilisant ce terme pour la première fois, dans sa critique du Salon de Paris de 876.
Les symbolistes pensent que la réalité ne se limite pas à la connaissance scientifique mais se déchiffre par les sens : poète, romancier ou peintre, l'artiste est un mage des mots, des sons, des couleurs. D'abord en quête d'impressions, par l'harmonie musicale notamment, la rigueur de plus plus hermique d'un système littéraire qui conduira vers la recherche d'un nouveau langage, chez Mallarmé d'abord, qu'on retrouve ensuite chez Rimbaud, Beaudelaire, Huysmans, Gide, Claudel et Valéry.
Gustave Moreau. Une vierge murmure de mystérieux mots à Hésiode, lui révélant les mystères d’une nature qui s’éveille à la jeunesse, l’allégresse et l’amour.
Parfois qualifié de décadent et pessimiste, le rapport de l'artiste avec la modernité est celui d'une civilisation trahie et abandonnée par les effets du progrès et la dépersonnalisation de l'individu.
L'impressionnisme, le fugitif plutôt que le stable
Décrié à ses débuts, ce mouvement français marque la rupture avec l'académisme, notamment de 1874 à 1886 par ses expositions parisiennes. Les impressions fugitives et la mobilité du réel plutôt que son état stable et conceptuel sont reportées directement sur les tableaux par différents précédés qui utilisent en premier lieu la couleur et la lumière. L'impressionnisme pictural créa un recadrage important de la façon de voir les choses et eut une grande influence sur la conception de la pensée et arts, également dans les domaines littéraires et musicaux.
Vincent Van Gogh, Nuit étoilée
L'expressionnisme, déformation de la réalité pour une réaction émotionnelle
L'expressionisme du début du XXe siècle, particulièrement en Allemagne marque tous les domaines artistiques : peinture, architecture, littérature, théâtre, cinéma, musique, danse, etc. Très répandu jusqu'à l'avènement du régime nazi, qui le considère comme dégénéré, c'est l'art d'une subjectivité qui déformer la réalité pour transmettre une émotion. Visions souvent angoissantes et déformées de la réalité pour atteindre la plus forte intensité, il représente le sentiment pessimiste de la menace des guerres mondiales et utilise ablondament les recherches du symbolisme, influencées par les explorations récentes de la psychanalyse naissante.
L'impressionnisme veut décrire la réalité, l'expressionnisme la subordonne aux états d'âme des auteurs. L'expressionnisme entre aussi en réaction violente avec les couleurs pastels de l'impressionnisme en utilisant les tons de couleurs agressives et violentes ainsi que des traits acérées.
Anxiété, Edvard Munch, 1894
L'expressionnisme abstrait, acte créatif instantané
La Seconde Guerre mondiale et le fascisme firent fuir de nombreux artistes fuirent vers les Etats-Unis d'Amérique. New York était déjà plongée dans le surréalisme. Leurs idées concernant l'inconscient et le rêve furent rapidement adoptées. Le mouvement est né dans le New-York des années 40.
Après la Deuxième guerre mondiale, l'avant-garde américaine bascula vers l'expressionnisme abstrait avec l'appui de personnes influentes telles que Peggy Guggenheim. Toutefois, l'expressionnisme abstrait fut créé directement par des surréalistes américains exilés, typiques de cette forme d'art américain qui, comme le surréalisme, célébrait l'acte créatif instantané.
Même s'il se prolonge après le début de l'art moderne, en raison du décalage des artistes ampricains et européens, l'expressionisme abstrait peut être considéré comme une sorte d'aboutissement depuis lequel l'art connaît un nouveau cycle, avec l'art moderne, puis l'art contemporain.
Jackson Pollock, le peinture se passe de sujet et l’expression de l’inconscient ne passe plus par la création d’images, quitte la profondeur et force le spectateur à se projeter au cœur de l’oeuvre.
Paradoxalement, les oeuvres de ces courants artistiques impressioniste, expressioniste et art moderne atteignent souvent des valeurs marchandes très élevées. Contrairement à l'esprit du slow art, ces mouvements donnent lieu à d'importants aspects consuméristes et spéculatifs. Le culte de l'oeuvre et de sa valeur financière peuvent primer sur le processus créatif de l’auteur comme du spectateur.
L'approche slow art face à cette production artistique consiste principalement à apprécier l'effet de ces recadrages - et l'usage de la dissociation hypnotique - dans ces oeuvres. Le bauhaus, l'arte povera, certains aspects du pop art, du minimalisme et du postmodernisme se placeront souvent en réaction à cette tendance mercantile.